Voyage au Liban : ski à Faraya, temples de Baalbek et vallée de la Qadisha
Récit d'un voyage au Liban entre ski à Faraya, temples de Baalbek, palais de Beiteddine, Saïda et Cèdres millénaires. Un pays à redécouvrir dès que la situation le permettra
AFRIQUES ET MOYEN ORIENTLIBAN
Deux hivers au Liban, souvenirs de ski à Faraya et de temples à Baalbek
Deux séjours d'hiver entre pistes de ski, temples antiques et rencontres locales au Liban. Je le partage comme un souvenir et une invitation à redécouvrir ce pays le jour où ce sera de nouveau possible, pas comme un guide de réservation.


Skier au Liban, ça surprend toujours les gens à qui je le raconte. Et pourtant, c'est exactement ce qu'on a fait, deux fois. Un premier séjour fin décembre, pour passer le Nouvel An à Faraya, dans le Mont-Liban, avec de la neige en quantité et des journées entières sur les pistes. Et un second voyage en mars, avec moins de neige mais beaucoup plus de temps pour explorer le pays, direction Baalbek, Beiteddine et les sites qu'on n'avait pas eu l'occasion de voir la première fois.
C'était en 2008. Le Liban a traversé beaucoup de choses depuis, et je reviens sur ce que la situation actuelle implique tout à la fin de cet article. Mais je voulais d'abord vous raconter ce pays tel qu'on l'a vécu, parce que ces souvenirs méritent d'être partagés, et parce que ce Liban-là existe toujours, en attendant de pouvoir y retourner.
Faraya, deux séjours en hiver dans une station qui n'a rien à envier aux Alpes
Faraya est une station de ski perchée dans le massif du Mont-Liban, à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Beyrouth. Le domaine skiable, celui du Mzaar, culmine à 2 400 mètres d'altitude, avec un point bas autour de 1 850 mètres pour les pistes. C'était à l'époque le plus grand domaine skiable du Moyen-Orient, avec plusieurs dizaines de pistes réparties sur ses différents sommets, de quoi occuper aussi bien les débutants que les skieurs plus confirmés.
Le premier séjour, fin décembre pour le réveillon du Nouvel An, était surtout consacré au ski, avec une bonne couche de neige et des journées entières sur les pistes. En revenant en mars pour un second voyage, la neige avait bien fondu sur les pistes basses, ce qui nous a naturellement poussées à sortir davantage de la station pour explorer le reste du pays, direction Baalbek et Beiteddine notamment. Le sommet du Mzaar, point culminant de la station, est entouré du Jabal Sannine et du Jabal Dib, que les habitants surnomment la montagne du loup. En hiver, le froid est réel, avec des températures qui peuvent tomber sous zéro, jusqu'à moins six certains jours selon les souvenirs qu'on en garde, et des accumulations de neige qui dépassent parfois le mètre cinquante. En été, la même montagne peut grimper à plus de trente degrés, et la région redevient un lieu de villégiature pour les Libanais qui fuient la chaleur de Beyrouth, avec de la randonnée sur les mêmes sentiers qu'on emprunte en ski une fois la neige fondue. Le genre de contraste qui résume bien le Liban à lui tout seul, un pays où on peut skier le matin et se baigner en Méditerranée l'après-midi.
Pour ceux qui ne skient pas, la station propose aussi de la raquette et de la luge sur les zones plus douces, et plusieurs chalets-restaurants au pied des pistes permettent de faire une pause au chaud entre deux descentes. On a aussi pris le temps de flâner un peu sur place, la station regorge de petites boutiques de sportswear et de souvenirs.
Ce qui a vraiment marqué ces deux séjours, c'est aussi les rencontres. Dès le premier voyage, on a sympathisé avec des Libanais sur place, qui nous ont ensuite proposé de nous emmener eux-mêmes visiter certains des sites qu'on décrit plus bas, Baalbek et Beiteddine en tête, lors du second séjour en mars. Voir ces lieux avec des locaux plutôt qu'en circuit organisé a complètement changé notre regard sur le pays. C'était aussi tout simplement plus simple et plus sûr : la route vers la Bekaa passait par plusieurs checkpoints de l'armée libanaise, et voyager avec des amis qui parlaient la langue et connaissaient les usages nous a évité bien des complications. Sans eux, on ne se serait probablement jamais aventurées jusque là-bas.
La vue depuis le sommet du Mzaar, le vrai moment qui marque
Ce qu'on retient surtout de Faraya, c'est la vue depuis les sommets. Par temps clair, on voit la vallée de la Bekaa d'un côté, le Mont Hermon dans l'Anti-Liban de l'autre, et d'autres sommets comme le Zahrour ou le Jabal Sannine tout autour. Certains jours, on distinguait même les villes côtières au loin, un vrai résumé du pays entier depuis un seul point de vue.
Et depuis les hauteurs, on a aussi aperçu la statue de Notre-Dame du Liban, à Harissa, qui domine la baie de Jounieh. On ne s'y est pas arrêtées, mais la voir de loin, perchée sur son promontoire, donnait déjà une idée de l'ampleur du monument. Avec le recul, c'est le genre d'endroit que j'aimerais prendre le temps de visiter vraiment si on y retourne un jour.
L'ambiance après-ski à Faraya, mezze et soirées entre amis
Ce qu'on garde aussi en tête, ce sont les fins de journée. Les terrasses au pied des pistes, un verre à la main, encore en tenue de ski, avec la montagne enneigée en toile de fond. Et le soir, les tables qui débordent de mezze, houmous, taboulé, fattouche, feuilles de vigne, plus les grillades qui arrivent en dernier alors que tout le monde est déjà repu. Le Liban, c'est aussi et surtout une histoire de table.
Passé le dîner, l'ambiance ne s'arrête pas. Les Libanais ont une vraie culture de la fête, et les soirées à Faraya duraient largement plus longtemps que ce qu'on avait prévu, entre bars improvisés dans les chalets et petits groupes qui dansaient encore à des heures indécentes. On comprend vite pourquoi le Liban a cette réputation de pays qui sait faire la fête, même à 2 000 mètres d'altitude et sous la neige.
On avait logé au chalet Les Elfes Mzaar, directement dans le secteur du Mzaar, à quelques minutes des pistes, lors de ces deux séjours. Un souvenir sympa, même si je ne saurais pas dire dans quel état il se trouve aujourd'hui.
Baalbek, le site antique le plus impressionnant du Liban
À environ une heure et demie de route de Faraya, dans la Bekaa, se trouve Baalbek. C'est le site antique le plus impressionnant du pays, un des mieux conservés de tout le Moyen-Orient, avec le temple de Jupiter et ses six colonnes vertigineuses encore debout, visibles à des kilomètres à la ronde. On y a passé une bonne partie de la journée, guidées par nos amis libanais qui connaissaient le site par cœur et nous racontaient son histoire bien mieux qu'une plaque explicative.
Le temple de Bacchus, à côté, est le mieux conservé de tout le complexe, avec son escalier à trois volées à l'entrée qu'on avait grimpé pour accéder au sanctuaire, et des sculptures encore lisibles sur les frontons. On a aussi marché entre les blocs monumentaux du podium, ces pierres parmi les plus lourdes jamais taillées par l'homme, qui donnent une idée de l'ambition du site à l'époque romaine. Se retrouver au milieu de ces colonnes, avec les sommets enneigés de l'Anti-Liban en arrière-plan, reste une des images les plus fortes du voyage.
Beiteddine, un palais niché dans les montagnes du Chouf
On a aussi visité Beiteddine avec nos amis libanais, un palais du 19e siècle niché dans les montagnes du Chouf, avec ses cours pavées en mosaïque, ses arcades voûtées et ses murs sculptés de motifs et d'inscriptions, dont un "rien n'est impossible" gravé dans la pierre qui nous avait marquées. C'est l'ancienne résidence des émirs Chehab, transformée en palais présidentiel d'été, et on sentait bien en s'y promenant à quel point l'endroit reste un symbole fort pour les Libanais. Un des plus beaux exemples d'architecture traditionnelle du pays, avec une vue plongeante sur la vallée depuis les terrasses du palais, et une atmosphère bien plus paisible que celle de Baalbek.
Saïda, entre souks, château de la mer et déjeuner en bord d'eau
Sur la côte, Saïda (Sidon) est l'ancienne capitale phénicienne, avec son château de la mer construit directement sur un îlot rocheux relié à la terre par un pont de pierre. La ville remonte au roi Zimrida et garde encore ce cachet de cité méditerranéenne authentique, très différente de l'ambiance montagnarde de Faraya.
On a pris le temps de flâner dans les petits souks de la vieille ville, ces ruelles couvertes et étroites où s'enchaînent échoppes de savon, d'épices et d'artisanat, une ambiance qui tranche complètement avec le reste du pays. On a ensuite déjeuné dans un restaurant en bord d'eau avec vue directe sur le château de la mer, poissons frais et mezze face à la Méditerranée, un des meilleurs souvenirs culinaires de tout le séjour.
Beyrouth, effleurée mais marquante
On n'a fait qu'un passage rapide par Beyrouth, à moins d'une heure de route de Faraya, mais qui nous a laissé une forte impression. On y a vu la tour de l'horloge illuminée place de l'Étoile, et la mosquée Mohammad Al-Amin avec ses dômes bleus qui dominent le centre-ville de nuit. On a dîné dans un restaurant du centre, dans une ambiance animée, très différente de celle de la montagne.
Ce qui nous a le plus marquées, c'est de voir encore, sur certains immeubles du centre-ville, les impacts de balles des années de guerre civile, à quelques rues à peine des façades reconstruites et des enseignes de luxe. Ce contraste entre les cicatrices encore visibles et l'énergie de la ville résume bien Beyrouth, une capitale qu'on n'a qu'effleurée mais qui mériterait clairement plus de temps.
Faqra, entre ruines et canyon rocheux
Juste à côté de Faraya, Faqra mélange ruines romaines et formations rocheuses spectaculaires, avec un canyon naturel qui restait impressionnant même sous la neige. On y a marché une bonne partie de l'après-midi entre les blocs de pierre géants et les vestiges d'un petit temple, avant de redescendre par un sentier qui longeait le bord du canyon. C'est le genre de site qu'on visite un peu par hasard, en excursion depuis la station, et qui finit par surprendre plus que prévu.
Les Cèdres et la vallée sacrée de la Qadisha
Plus au nord, on a vu les fameux Cèdres du Liban, ces arbres millénaires qui sont devenus le symbole du pays et qui figurent même sur le drapeau national. À proximité, la vallée de la Qadisha abrite plusieurs monastères accrochés à flanc de falaise, comme celui qu'on avait aperçu de loin, niché dans la roche au-dessus d'un canyon vertigineux. Un des paysages les plus spectaculaires de tout le voyage, et un sacré contraste avec les pistes de ski qu'on avait quittées le matin même.
Le Liban aujourd'hui
Ces deux voyages datent de 2008, et je ne vais pas vous mentir, le pays a connu bien des soubresauts depuis. Au moment où j'écris ces lignes, la situation sécuritaire dans le pays s'est de nouveau dégradée, avec une partie du territoire formellement déconseillée aux voyageurs, notamment la Bekaa et la région de Baalbek que j'ai eu la chance de visiter à l'époque.
Je préfère donc être honnête avec vous : ce n'est pas un article pour préparer un voyage aujourd'hui, mais un souvenir de ce que ce pays a à offrir, et une invitation à y retourner le jour où ce sera de nouveau raisonnable de le faire. Si vous envisagez malgré tout un déplacement, consultez impérativement les conseils aux voyageurs officiels avant de partir, et tenez-vous informés région par région, la situation peut évoluer rapidement.
J'espère sincèrement pouvoir un jour mettre à jour cet article avec de nouvelles photos, prises dans un pays apaisé.
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